|
|
F. Nietzsche, critique de la moraleQue veut Nietszche exactement ? Nietszche est fou, il se contredit. On ne peut pas déterminer univoquement le sens de sa pensée. Il est à interprêter. Lui-même décrivait le processus de connaissance comme un processus d'interprétation et non de recherche de la vérité.
| Que veut Nietszche exactement ? Nietszche est fou, il se contredit. On ne peut pas déterminer univoquement le sens de sa pensée. Il est à interprêter. Lui-même décrivait le processus de connaissance comme un processus d'interprétation et non de recherche de la vérité. Nietszche est-il nazi ? Non. Heiddeger était nazi, un affreux nazi prêt à dénoncer le professeur juif pour obtenir sa place. Y a-t-il une morale nietzschéenne ? Oui.
Nietszche fondamentalement critique l'idée de valeurs universelles. Selon lui, la morale est une aberration dans ses prétentions à l'universalité (cf Emmanuel Kant, Fondements de la métaphysique des moeurs). Il ne peut pas y avoir de prescriptions valables pour tout le monde et la morale universelle vaut seulement pour les faibles et leur permet de dompter les forts. La morale est un dispositifs contre-nature destiné à promouvoir une universelle médiocrité.
La force devrait pouvoir s'exprimer librement sans contraintes ni entraves pour affirmer des formes originales. La force castrée par la morale perd de sa puissance d'affirmation et c'est toute l'humanité qui tombe en décadence. La bienveillance universelle prônée par la morale interdit les manifestations de cruauté or rien de grand ne s'est accompli sans cruauté. La grandeur de l'humanité, ce que nous admirons dans l'Histoire est essentiellement le résultat pratique extrêmement cruel. Vouloir faire disparaître la cruauté du monde, faire triompher la morale, c'est assuré le règne du nihilisme dans lequel les forts désespèrent, dépriment, deviennent fous et où les faibles peuvent vaquer à leurs petites occupations vulgaires et leurs mesquines jouissances. Voici venu le temps du "dernier homme" : le démocrate consommateur. A la fin du XXème siècle, Nietszche appelle à une insurrection des forts contre la morale et ses conséquences nihilistes. Il souhaite la venue du surhomme.
La bonne morale, la morale nietzschéenne, est celle qui contribue à l'affirmation de la vie. Pour chaque type humain existe une morale adéquate qui le justifie et en permet l'épanouissement. D'un côté la morale universelle, de Kant ; de l'autre, la morale particulière. Les faibles considèrent comme allant de son la morale universelle car ils souhaitent que tout le monde soit voué à la même médiocrité ; et inversément, les forts affirment leur morale comme leur "bon plaisir". Ils ne cherchent pas à répandre leurs gouts particuliers. Les forts sont-ils voués à la solitude ? Oui mais les forts se reconnaissent comme des pairs.
Les faibles affirment leur égalité d'un point de vue juridique, leur égalité dans l'unité alors que les forts se reconnaissent après affrontement une égalité de force réelle. Entre pairs, il y a une reconnaissance tendue de la force de l'autre. Kant et Nietszche sont-ils incompatibles ? On pourrait dire que la générosité nietzschéenne ne va pas contre le sens de la morale telle qu'elle est comprise par Kant. Le "règne des fins" de Kant pourrait correspondre à une humanité composée de pairs. A la différence de Kant, Nietszche ne croit pas qu'il soit possible ni même souhaitable d'élever tout homme. Il y a un fatalisme de Nietszche qui lui interdit le volontarisme moral. La morale au sens nietzschéen ne peut pas être un corpus doctrinal qui s'impose à tous. Chacun doit dévelloper sa propre morale. Les forts auront spontannément tendance à affirmer leur puissance alors que les faibles auront tendance à tenter de réfréner la puissance d'autrui. Nietszche se situe au-delà du bien et du mal. Dans la vérité, dans l'absolu, il n'y a pas de bien ni de mal. Bien et Mal ne sont que des façons de voir, ce sont des interprétations. Est bien ce qui est favorable aux faibles. La morale universelle précise ce qui est bien (cf Kant). Mal est ce qui est défavorable aux faibles. Le mal, c'est ce que font les forts. Ce qui est mal du point de vue des faibles est bon du point de vue des forts. Les forts sont au-delà du Bien et du Mal, ils ne croient pas à l'existence du mal en soi. Néanmois ils admettent qu'il y a des choses mauvaises, c'est-à-dire différentes d'eux et incompatibles avec leur forme de vie. La grande différence entre les faibles et les forts, c'est que les faibles imputent de la méchanceté à ceux qui font le mal (c'est-à-dire aux forts) alors que les forts considèrent seulement comme minable, nul, raté ce qui est mauvais. Les faibles croient à l'existence d'une subjectivité libre qui librement se décide pour le Bien ou le Mal alors que pour les forts une telle subjectivité n'existe pas.
Au cours de l'Histoire, les faibles sont parvenus à triompher des forts en inoculant aux forts la honte de l'être, la culpabilité. Dans la première dissertation de la généalogie de la Morale, Nietszche invente, délire l'histoire de l'invention de la morale des faibles. Les faibles, les fragiles, les timides ont peur de la "superbe brute blonde". Ainsi, depuis la nuit des temps, ils inventent des moyens pour les affaiblir.
NOTE : "Fort" veut dire simple, franc, honnête, entier, naïvement bestial, donc à la merci de la perfidie, de la sournoiserie, du faible.
Pourquoi les faibles sont-ils faibles ? Pourquoi regretter, comme Nietszche, le triomphe des faibles ? Parce que la faiblesse, c'est vraiment la faiblesse. Elle ne mène à rien. Quand la faiblesse triomphe, elle n'a aucun projet. Le triomphe de la faiblesse, c'est le triomphe du nihilisme. Plus personne ne sait ce qu'il veut. A l'époque du nihislisme, quiconque est fort porte honteusement sa force. L'époque démocratique interdit l'affirmation de l'excellence. Qui est fort étouffe littéralement dans notre société. L'alternative est soit une société neurasthénique dominée par les idéaux égalitaro-universalistes qui s'endort dans le nihilisme (chacun est rongé par l'ennui parce que nous sommes le dernier homme), soit la réapparition sauvage de la force, de la brutalité, de l'excitation de la vie.
C'est l'idéologie de l'extrême-droite romantique. Cette dernière est l'affirmation du droit absolu des individus ou des collectivités à vivre comme leurs goûts l'exigent sans considération de moralité. C'est l'affirmation du droit de pure singularité, de la monstruosité. La singularité monstrueuse est vouée à mal finir, ce sera la folie, la violence parce que vivre est déjà se compromettre à la médiocrité. Nietszche ne partage pas l'humanité entre faibles et forts, cet antagonisme prend place en chacun de nous. Il n'y a pas de réconciliation réelle, possible de l'individu avec soi-même.
QUIZ : Suis-je plutôt esclave ou plutôt maître, plutôt faible ou plutôt fort ? Le critère est présence ou pas en soi du sentiment de ressentiment. Ce qui caractérise l'esclave, c'est la présence du ressentiment. Inversément, le fort est incapable du désir de vengeance. L'esclave est réaction tandis que le fort est action.
Nietszche affirme la valeur de la vie. Le plus important, c'est d'être vivant. Ce qui nuit à la santé est mauvais. La santé, la "grande santé" est un état de fertilité et d'épanouissement. La grande morale doit permettre d'atteindre la grande santé.
Crépuscule des idoles, chap. La morale, une anti-nature
1/ Le titre du livre :
Crépuscule des idoles est le moment où ce à quoi l'humanité a cru se révèle n'être que des fictions. Nietszche ns'est voulu destructeur de fictions. Pour cela, il faut "philosopher à coups de marteau". Son marteau n'est pas une masse de démolisseur, c'est le marteau du médecin qui sert à évaluer la valeur de nos fictions. Pour détruire les idoles, il faut non pas de la brutalité mais de la finesse.
2/ Etude du chapitre :
Ce texte est une évaluation et une interprétation de la morale. D'abord la morale n'est pas une, il y a divers types de morale qui ont plusieurs origines et finalités. La morale dominante est la morale chrétienne, la morale du renoncement. Nietszche promeut une autre morale, celle de l'affirmation. Il n'affirme pas l'égale bonté, valeur de tous les instincts, de tous les désirs, de toutes les passions. Les passions sont sans doute dangereuses. Face à ce danger, il y a deux grandes réactions possibles : soit supprimer soit styliser. La morale chrétienne est une morale de suppression. L'idée nietzschéenne est qu'il faut sculpter sa vie comme une oeuvre d'art, articuler et organiser ses passions et non pas vouloir supprimer sa bestialité mais la cultiver, lui donner une forme.
Qui a inventé la morale de l'extirpation ? La morale de l'extirpation n'a pas été invetée par des individus sans passions cherchant à soumettre des personnes passionnées mais par des êtres affreusement passionnés, les dégénérés. La dégénérescence correspond à la profusion des passions qui empêche la stylisation. C'est pouquoi les préceptes sont aussi excessifs. Le crime de la morale chrétienne est de prétendre s'appliquer à tout le monde alors qu'elle est adaptée aux grands malades. Il y a crime parce qu'il y a cruauté, parce qu'elle condamne les hommes tels qu'ils sont. La morale culpabilise et rend malheureux pour rien. C'est une morale triste qui répand le dégoût de soi et de la vie.
Faut-il souhaiter la disparition d'une telle morale ? Interdire une morale ou en vouloir la disparition, c'est avoir soi-même une attitude tristement moralisante. Nietszche se contente d'ironiser. La morale chrétienne est détruite par l'ironie.
Quelle est la finalité de la vraie morale ? C'est de permettre l'accroissement de la vitalité et non pas d'atteindre un état de paix. L'état de paix peut-il lui-même être interprêté de bien des manières. La paix de l'âme en soi n'est ni bonne ni mauvaise, elle est l'état ponctuel d'une stabilisation des forces qui en nous s'affrontent. On peut rechercher la paix de l'âme si celle-ci permet la préparation de combats plus fracassants.
Postérité de la morale nietzschéenne
Nietszche a tenté de proposer une morale sans contraintes ni santions dont le but n'est pas l'harmonie entre les individus mais plutôt l'affirmation et la stylisation de soi. Il y a bel et bien une morale nietzschéenne, une morale des immoralistes, une morale au-delà du Bien et du Mal qui pose comme critère l'accroissement du sentiment de sa propre vitalité. Est bon ce qui contribue au dévellopemment de ma puissance indépendemment de toutes considérations d'utilités sociales, d'universalité, de conformité à un quelconque dogme religieux. C'est donc une morale individualiste.
Bibliographie
F. Nietzsche, La naissance de la tragédie (pour les question d'art et de stylisation de soi)
F. Nietzsche, La généalogie de la morale
F. Nietzsche, Crépuscule des idoles | |
| | . Voir tous les commentaires et/ou en poster un (10) | | Re: F. Nietzsche, critique de la morale Posté par marc le 13/10/2006 11:52:33 | D'après ce que j'ai vu, Gabriel Chel poste un peu partout ce même message. Pour une réfutation point par point de ces allégations sans fondements, voici une réponse :
http://lagryffe.net/article.php3?id_article=105
Je conseille aussi de lire :
Mazzino Montinari, « Interprétations nazies. » Disponible ici :
http://www.lyber-eclat.net/lyber/montinari/3nazies.html
O ù l'on pourra comprendre que l'identification de Nietzsche aux fascismes encore en vogue aujourd'hui et un procédé... des fascistes !
Et puis je ne résiste pas à recopier un jugement sur Nietzsche d'un antisémite qui deviendra député nazi :
Theodor Fritsch fit une recension de Par-delà bien et mal. Il déclara y avoir trouvé une « exaltation des juifs » et une « âpre condamnation de l’antisémitisme », et il considéra Nietzsche comme un « philosophe superficiel » ne disposant d' « aucune compréhension pour l’essence de la nation » et cultivant « des bavardages philosophiques de vieilles commères ». Les affirmations de Nietzsche à propos des juifs sont, écrit Fritsch, « les idioties superficielles d’un pauvre savant de pacotille, corrompu par les juifs. » (Source : Montinari.) | | Re: F. Nietzsche, critique de la morale Posté par chel le 24/08/2006 16:08:06 | Nietzsche est de retour...
des auteurs littéraires, des philosophes en vogue se réclament de lui.
Il y a dans les écrits de Nietzsche un nauséabond et dangereux fascisme.
Certes Nietzsche n'est probablement pas antisémite, mais sa philosophie, par bien des aspects, entre profondément en symbiose avec une part fondamentale du nazisme.
On a pu voir et entendre lors d'une émission littéraire à la TV quelqu'un qui passe pour un homme de lettre et d'esprit nous expliquer que Nietzsche est un homme libre, un penseur hédoniste.... parmi les nombreuses personnes présentes, aucune protestation, personne pour éclairer le téléspectateur sur les infamies grosses de meurtres massifs qu'a écrit ce triste personnage, personne pour rappeler par exemple qu'il a écrit: "Périssent les faibles et les ratés : premier principe de notre amour des hommes. Et qu'on les aide encore à disparaître !" L'Antéchrist
- Avant-propos - §2
On combat avec raison les idées du Front National, car on sait où ces idées mènent, on sait qu'elles sèment la haine et le meurtre.
Nietzsche écrit 10 fois pire, 100 fois pire et qui le combat ?
Nietzsche inspiration et caution idéologique d'un néo-fascisme qui avance masqué,
d'un néo-fascisme lourd de menace pour l'homme, pour la justice, pour la fraternité
d'un néo-nazisme "présentable", débarrassé de son anti-sémitisme.
Dans Par delà le bien et le mal - Première partie / Des préjugés des philosophes- §6 Nietzsche a écrit :
« De fait, si l’on veut comprendre ce qui a donné le jour aux affirmations métaphysiques les plus transcendantes d’un philosophe, on fera bien (et sagement) de se demander au préalable : à quelle morale veulent-elles (ou veut-il) en venir ? »
Et bien d'accord, prenons-le au mot, à quelle morale Nietzsche veut-il en venir ?
Quelques citations vont nous éclairer, mes commentaires sont entre crochets [ ] :
Par delà le bien et le mal
« Il faut aller ici jusqu'au tréfonds des choses et s'interdire toute faiblesse sentimentale : vivre, c'est essentiellement dépouiller, blesser, violenter le faible et l'étranger, l'opprimer, lui imposer durement ses formes propres, l'assimiler ou tout au moins (c'est la solution la plus douce) l'exploiter » Par-delà le bien et le mal - § 259 // trad. G. Bianquis, UGE, 10 / 18, 1970.
___________
« [...] ces esprits faussement qualifiés de "libres"; [...] sont [...] des écrivailleurs au service du goût démocratique et de ses "idées modernes",[...] leurs deux comptines et doctrines les plus ressassées sont " l’égalité des droits " et " la pitié pour tous ceux qui souffrent " ; la souffrance elle-même, à leurs yeux, est une chose qu’il convient d’abolir.
Nous [...] pensons exactement le contraire,[...] notre volonté de vivre s’intensifie [...] jusqu’à devenir volonté de puissance absolue; nous croyons que la dureté, la violence, l’esclavage [...] tout ce qui est mauvais, terrible, tyrannique en l’homme, ce qui tient en lui du fauve et du serpent, sert aussi bien l’élévation de l’espèce "homme" que son contraire. » Par-delà le bien et le mal - Deuxième partie / L’esprit libre - § 44
[ Si on suivait ce raisonnement dangereusement délirant de Nietzsche, il faudrait donc conclure qu'Hitler a servi l'élévation de l'homme autant que Socrate ! ]
___________
« Il y a dans l'histoire de la société un point de déliquescence et de sensiblerie maladive où cette société elle-même prend parti pour celui qui lui nuit, pour le criminel, cela le plus sérieusement et le plus honnêtement du monde. Punir lui semble en quelque façon injuste; pour sûr l'idée du "châtiment" et "l'obligation de punir" lui font mal, lui font peur. "Ne suffit-il pas de le mettre hors d'état de nuire? A quoi bon châtier par surcroît? Châtier est en soi une chose effroyable". C'est en posant ainsi le problème que la morale du troupeau, la morale de la peur, tire ses dernières conséquences. » Par-delà le bien et le mal - cinquième partie - § 201
« avec l'aide d'une religion qui était à la solde des désirs les plus sublimes de l'animal de troupeau, les choses en sont venues au point que nous trouvons jusque dans les institutions politiques et sociales l'expression de plus en plus évidente de cette morale; le mouvement démocratique recueille l'héritage du mouvement chrétien. Mais que ce mouvement soit encore beaucoup trop lent et trop endormi pour les plus impatients, les malades et les accrocs de cet instinct, c'est ce qu'expriment les hurlements de plus en plus furieux, les grincements de dents de moins en moins dissimulés de ces chiens d'anarchistes qui errent à travers les rues de la civilisation européenne; apparemment en conflit avec les paisibles et laborieux démocrates et idéologues de la révolution, plus encore avec les grossiers philosophâtres et les illuminés sectaires qui se déclarent socialistes et veulent la "société libre"; mais en réalité tous sont unis dans la hostilité foncière et instinctive de toute autre forme de société que celle du troupeau autonome (allant jusqu'au refus des concepts de "maître" et de "serviteur" - ni dieu ni maître, dit un slogan socialiste); tous d'accord dans la résistance opiniâtre à toute prérogative individuelle, à tout droit préférentiel ........ tous unis aussi dans la religion de la pitié, de la sympathie pour tout ce qui sent, vit, souffre, ......... dans l'impuissance quasi féminine à voir souffrir, à faire souffrir, unis dans l'obscurcissement et l'amollissement involontaires qui semblent menacer l'Europe d'un nouveau bouddhisme » Par-delà le bien et le mal - cinquième partie- § 202
___________
« [...] on se méprend sur la "nature" aussi longtemps que l'on cherche encore je ne sais quel germe "morbide" au fond de ces êtres robustes comme les fauves [...] Il semble que règne chez les moralistes la haine de la forêt vierge et des tropiques, et qu'il faille à tout prix discréditer "l'homme tropical" en le présentant comme une forme morbide et dégénérée de l'homme, ou comme son propre enfer et sa propre torture. Et tout cela pourquoi? Au profit [...] des hommes "moraux"? Des médiocres? » Par-delà le bien et le mal - cinquième partie- §196
[ Le fauve chez l'homme ne serait donc pas à discréditer, bien au contraire : celui qui se comporte comme un fauve - sans compassion, sans pitié, sans fraternité - voilà l'homme robuste ! ]
___________
« [...] un philosophe devrait s’arroger le droit de considérer le vouloir sous l’angle de la morale,
— de la morale conçue comme science des rapports de domination dont procède le phénomène "vie". » Par-delà le bien et le mal - Première partie / Des préjugés des philosophes - § 19
___________
« Un homme profond, […] profond d'esprit autant que de désirs, doué par surcroît de cette bienveillance profonde capable d'une sévérité et d'une dureté qui se confondent facilement avec elle, un tel homme ne peut penser à la femme qu'à la manière d'un Oriental : il doit voir dans la femme une propriété, un bien qu'il convient d'enfermer, un être prédestiné à la sujétion et qui s'accomplit à travers elle. » Par-delà le bien et le mal - §238
L'État chez les Grecs.
« Pour que l'art puisse se développer sur un terrain fertile, vaste et profond, l'immense majorité doit être soumise à l'esclavage et à une vie de contrainte au service de la minorité et bien au-delà des besoins limités de sa propre existence. Elle doit à ses dépens et par son sur-travail dispenser cette classe privilégiée de la lutte pour l'existence afin que cette dernière puisse alors produire et satisfaire un nouveau monde de besoins. » L'État chez les Grecs
["Si le salut doit être payé au prix des souffrances d'un enfant, alors je rends mon billet" s'écrie Dostoïevski par la bouche d'Ivan Karamazov. Encore ne s'agit-il que de la souffrance d'un innocent.
Que dire de l'esclavage de milliers d'êtres humains ? Si la culture, l'art doivent être payés au prix de l'esclavages de milliers d'hommes, alors je rends mille fois mon billet !
" [...] Si celui qui a lu beaucoup de livres pense que je suis un primitif
parce que j'en ai lu aucun alors il devrait jeter tous ses livres
et chercher celui qui dirait que nous sommes tous frères et sœurs devant Dieu
et que nous aussi nous avons le droit de vivre [ et de vivre libre ! ]. "
Discours de Roy Sesana, Bushman du Kalahari devant le parlement suédois le 13 déc. 2005 ]
L'Antéchrist
« Qu'est-ce qui est bon ? Tout ce qui exalte en l'homme le sentiment de puissance, la volonté de puissance, la puissance même. Qu'est ce qui est mauvais ? Tout ce qui vient de la faiblesse.
Qu'est-ce que le bonheur ? Le sentiment que la puissance croît, qu'une résistance est en voie d'être surmontée. Non d'être satisfait, mais d'avoir davantage de puissance. Non pas la paix, mais la guerre. […]
Périssent les faibles et les ratés ! Premier principe de notre philanthropie. Et il faut même les y aider. Qu'est-ce qui est plus nuisible qu'aucun vice? La compassion active pour tous les ratés et les faibles - le Christianisme… » L'Antéchrist - Avant-propos - §2
________________________
Nous posions la question (comme nous y invitait Nietzsche lui-même) à quelle morale Nietzsche veut-il en venir ?
La réponse est donnée on ne peut plus clairement par Nietzsche lui-même, c'est le contre-pied absolu de la morale évangélique (ou bouddhiste ou républicaine) : « s'interdire toute faiblesse sentimentale : dépouiller, blesser, violenter le faible et l'étranger, l'opprimer, l'exploiter ; périssent les faibles et les ratés ! »
Le Front National dirait le 100ème de cela, ce serait jugé (avec raison) insupportable.
Nietzsche le dit et ça ne gène apparemment personne ou presque ! Et pourtant de tels écrits sont lourds des pires menaces pour nous tous !
Quand donc un nouveau Camus se lèvera-t-il pour prendre la défense des opprimés et de l'homme face à ce prophète de la haine (que certains veulent nous faire prendre pour un prophète de liberté et de bonheur ! ) ?
« [...] Vous avez supposé qu'en l'absence de toute morale humaine ou divine les seules valeurs étaient celles qui régissaient le monde animal, c'est-à-dire la violence et la ruse.[...] Je continue à croire que ce monde n'a pas de sens supérieur. Mais je sais que quelque chose en lui a du sens et c'est l'homme, parce qu'il est le seul être à exiger d'en avoir. Ce monde a du moins la vérité de l'homme et notre tâche est de lui donner ses raisons contre le destin lui-même. Et il n'a pas d'autres raisons que l'homme et c'est celui-ci qu'il faut sauver si l'on veut sauver l'idée qu'on se fait de la vie. Votre sourire et votre dédain me diront : qu'est-ce sauver l'homme ? Mais je vous le crie de tout moi-même, c'est ne pas le mutiler et c'est donner ses chances à la justice qu'il est le seul à concevoir. [...] Vous êtes l'homme de l'injustice et il n'est rien au monde que mon cœur puisse tant détester. » Albert Camus "Quatrième lettre" [juillet 1944], in Lettres à un ami allemand. Essais, "Bibliothèque de la Pléiade", Paris, Gallimard, pp. 239-243
Ecoutons aussi ce que disait Abraham Heschel (dont presque toute la famille a été exterminée
à Auschwitz et Treblinka) en 1943 : « Jamais encore la terre n'a été imbibée d'autant de sang. Des hommes se sont révélés être des esprits malfaisants, monstrueux et pervers [...]
Le monde ressemble à une fosse à serpents. Nous ne y sommes pas enfoncés en 1939, ni même en 1933 [avènement de Hitler au pouvoir en Allemagne]. Nous y sommes descendus depuis bien des générations, et les serpents ont fait pénétrer leur venin dans le sang de l'humanité en nous paralysant peu à peu, en engourdissant progressivement nos nerfs, en obscurcissant nos esprits, en assombrissant notre vision. Le bien et le mal, qui autrefois étaient aussi distincts que le jour et la nuit, se sont emmêlées dans une sorte de brouillard. Dans notre vie quotidienne, nous nous sommes mis à adorer la force, à mépriser la compassion, à ne plus respecter aucune loi, à n'obéir qu'à nos appétits insatiables. » Abraham Heschel "Quest for God" [1943] p.147 et p.149
ou "La sainteté en paroles/ Abraham Heschel" Edward K. Kaplan (cerf 1999) p.172-173
Gabriel CHEL, le 12 août 2006
Sources de mes citations :
Par delà le bien et le mal
http://www.cvm.qc.ca/encephi/contenu/textes/Nietzsche1.htm
http://www.cvm.qc.ca/encephi/contenu/textes/nietzsche2.htm
http://fr.wikipedia.org/wiki/Nietzsche
http://fr.wikipedia.org/wiki/Friedrich_Nietzsche
http://sergecar.club.fr/textes/niestzsche1.htm
http://mper.chez-alice.fr/oeuvres/Nietzsche/pbm/PBM5/pbm196.htm l
http://mper.chez-alice.fr/oeuvres/Nietzsche/pbm/PBM5/pbm201.htm l
http://mper.chez-alice.fr/oeuvres/Nietzsche/pbm/PBM5/pbm202.ht ml
L'Antéchrist/ Avant-propos
http://fr.wikisource.org/wiki/L'Ant%C3%A9christ_(Ni etzsche)#Avant-propos
http://fr.wikipedia.org/wiki/Friedrich_Nie tzsche
L'État chez les Grecs
http://fr.wikipedia.org/wiki/Friedrich_Nietzsche
Ga briel CHEL - 1129 rue des TEPPES - 71680 CRECHES sur SAONE / 03.85.37.14.62 / gabriel.chel@wanadoo.fr | | Re: f. nietzsche, critique de la morale Posté par ballmeyer04 le 26/06/2005 02:23:09 | Un bon article !
Je ne sais plus quand c'était la dernière fois que j'ai lu, en effet, un article de cette qualité sur ce site.
Qualité principale de cet article à mes yeux : il y a de la matière ! J'ai l'impression que trop d'articles récents proposent un sujet et s'en sortent avec deux-trois pirouettes légères.
Un regret : la notion de force n'est pas vraiment définie au moment où tu l'évoques. Alors, un petit bonus ? Allez, oui.
"Pour Nietzsche, il n'y a pas de réalité, au sens où l'entend un réalisme matérialiste ou atomistique. Il emprunte à la physique l'idée qu'il n'y a que des forces ; toute réalité est déjà quantité de force. Toute force est en rapport avec d'autres, soit pour commander, soit pour obéir. Le corps lui-même est un rapport entre forces dominantes et forces dominées ; ces forces s'opposent à l'intérieur même de soi.
Si les forces sont amenées à s'affronter, à se subjuguer, c'est qu'elles n'ont pas pour principe la conservation de l'être, mais un principe expansionniste : 'Un être vivant veut avant tout déployer sa force.' La vie est donc en elle-même volonté de puissance. Nietzsche tient à placer l'analyse de la morale dans la perspective de la volonté de puissance, et à l'arracher à l'idéalisme dans laquelle elle se trouve prise, idéalisme qui est lui-même symptomatique de la manière dont jugent ceux qui sont trop faibles pour affronter la pensée de la volonté de puissance."
[H. Boillot, 25 mots clés de la philosophie, éd. Maxi-Livres, coll. Mots Clés, 2004, p.247. Un excellent livre !]
Modifié le 26/06/2005 02:24:33 | | Re: F. Nietzsche, critique de la morale Posté par raz le 09/06/2005 22:15:16 | Je connais peu de chose en philosophie et encore moins à Nietszche, mais j'ai trouvé cet article intéressant, il nous renseigne bien sur la pensée de Nietszche.
Et puis ça change de la masse GROUILLANTE d'articles NAZES ici (je peux le dire sans risque, personne ne viendra lire cette article : une image en noir et blanc, un nom bizarre et un titre précis; ça va en faire fuir beaucoup.) | | Re: F. Nietzsche, critique de la morale Posté par polypheme le 09/06/2005 16:39:05 | | Heidegger était nazi, il a même vendu (et c'est véridique) un de ses collègues professeurs juif pour obtenir sa place... Ignoble n'est-ce pas ? | | | . Voir tous les commentaires et/ou en poster un (10) |
|  |  |
 
|